Lettre ouverte au Ministre de l'Immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du codéveloppement
« Nous ne sommes pas à vos ordres »
Monsieur le Ministre,
Vous rappelez actuellement à l'ordre les Préfets des départements dont « les résultats doivent être améliorés en termes de reconduites à la frontière ». Certains Préfets ont d'ores et déjà écrit aux Maires pour les « mettre en garde » contre toutes les initiatives de solidarité avec les sans papiers, comme les parrainages, qu'ils pourraient soutenir sur le territoire de leur commune.
Nous, Maires de Bagneux, Chaville, Clamart, Clichy-la-Garenne, Gennevilliers, Fontenay-aux-Roses, Nanterre, Malakoff, rappelons que nous menons des actes citoyens pour protéger les habitants qui vivent, travaillent, étudient dans nos communes.
Nous sommes les Maires de tous, quelles que soient la nationalité ou l'origine, et notre rôle est d'aider chacun à trouver sa place au sein de notre société commune : le pays des droits de l'Homme.
Nous sommes indignés qu'un Ministre enjoigne aux Préfets de menacer les Maires de poursuites judiciaires pour les initiatives prises en faveur de la reconnaissance de chacun.
Cela rappelle trop des méthodes employées en d'autres temps à l'égard des Maires et des Préfets.
Votre vision obsessionnelle du chiffre en matière de politique d'immigration est d'autant plus condamnable que ce sont des êtres humains qui sont en jeu, alors même que vous n'éprouvez pas la même exigence vis à vis d'objectifs chiffrés fixés par la loi –pensons à la loi SRU- pour permettre le droit au logement !
Nous appelons tous les élus locaux à réagir avec détermination face à cette tentative de mise au pas et à nous rejoindre dans l'affirmation des libertés et des valeurs démocratiques de notre République.
- Marie Hélène AMIABLE Maire de Bagneux Députée des Hauts-de Seine
- Jacques BOURGOIN Maire de Gennevilliers Conseiller général des Hauts-de-Seine
- Pascal BUCHET Maire de Fontenay-aux-Roses Conseiller général des Hauts-de-Seine
- Gilles CATOIRE Maire de Clichy-la-Garenne Conseiller général des Hauts-de-Seine
- Patrick JARRY Maire de Nanterre
- Philippe KALTENBACH Maire de Clamart Conseiller régional d'Ile-de-France
- Jean LEVAIN Maire de Chaville Conseiller général des Hauts-de-Seine
- Catherine MARGATE Maire de Malakoff Conseiller général des Hauts-de-Seine
Communiqué de presse de Jean-Paul Bore suite à la convocation des Préfets n'ayant pas atteint les quotas d'expulsion des sans-papiers.
Comment peut-on au 21ème siècle parler de quotas s'agissant d'êtres humains, dans un pays où, même s'il ne saurait être question de comparer, ces mots rappellent les années les plus sombres qu'il ait eues à subir ?
Les Préfets sont ainsi accusés d'être « trop humains ».
C'est inacceptable pour deux raisons.
La première tient au fait que dans le pays des Droits de l'Homme, on est en train de briser sa fibre humaniste en considérant que l'immigré peut servir de pâture idéologique à des fins politiciennes. Avec ces méthodes, on ne fait qu'attiser les braises de la haine.
Deuxièmement, tous les économistes sérieux affirment l'exigence, pour les prochaines années, de régulariser massivement les personnes étrangères, de les former, de les faire entrer dans l'emploi, pour des raisons économiques fondamentales liées à l'évolution démographique de la France.
Nicolas Sarkozy lui-même, conscient de cette réalité, parle d'immigration « choisie ». Cette appellation, pas moins acceptable, confirme cependant que la solution réside dans la régularisation des sans - papiers.
Solidaire de toutes ces familles, j'appelle à la vigilance et au renforcement des réseaux de solidarité existants, tels notamment la CIMADE et RESF, pour s'opposer à ces méthodes inhumaines.
Jean-Paul BORE - Vice-Président de la région Languedoc Roussillon, Délégué à la lutte contre les discriminations raciales, l'antisémitisme, la xénophobie.